Archive | décembre, 2010

De la folie humaine

17 Déc

Il y a six mois, une nouvelle petite fille de presque 3 ans – on va l’appeler E. –  fait son entrée dans notre Kita.

On nous explique patiemment qu’il faut faire trèèès attention à elle parce que les autres on n’y fait pas du tout attention évidemment car elle a la particularité d’être allergique à … presque tout. Elle nous est donc livrée avec mode d’emploi – une liste que n’en finit plus d’aliments interdits plus divers et étranges les uns que les autres – On lui attribue un casier que ses parents emplissent d’une caisse hermétique avec non seulement les vêtements de rechange habituels mais aussi l’équivalent d’une chambre aseptisée de Michael Jackson nurserie high tech pour 10 enfants, dont ses propres lingettes, son propre savon, ses propres mouchoirs en papiers que sais-je encore, avec ordre de n’utiliser que ces accessoires là -tous étiquetés de son nom et emballés individuellement dans des tuperwares de formes adaptés – et aucun autres sous peine de catastrophe interplanétaire.

Soit.

On essaye d’oublier un peu les parents, on apprend à connaître E., une chouette petite fille qui rit, qui joue et crie pas mal sur les autres exactement comme sa mère lui crie dessus, une enfant positivement normale, à priori.

On cuisine tous les jours quelque chose de spécial pour elle, on lui propose tout les jours un déjeuner, un repas et un gouter « sans risque ». On fait attention à ce qu’elle utilise son savon et tout son attirail. Tout va bien. Elle a aussi une peur hystérique des chiens, tiens.

Au fil du temps et des très petites et rares erreurs de parcours – lorsque E. craque et pique en cachette un tartine de confiture interdit ou un muffin d’anniversaire au chocolat interdits sur l’assiette de xy et en croque un morceau par exemple – on devient blême et on scrute la moindre réaction épidermique, on a peur qu’elle se mette à gonfler, rougir, s’étouffer, on imagine le pire…

Rien ne se passe. Ouf

Au fil du temps on réalise qu’en réalité, E. n’a encore jamais été testée contre aucune allergie mais que sa mère se dit allergique à tout et est persuadée, contre toute logique et raison, que sa fille aussi.

Au fil du temps on demande à la maman: Quand sera-t-elle testée? On nous répond toujours dans quelques semaines. Cela n’arrive jamais.

(…)

Au fil du temps on comprend qu’E. n’a pas vraiment peur des chiens, mais de la réaction de sa mère qui, quand E. est effleurée par un chien, devient hystérique, la déshabille entièrement sur le palier de l’appartement et brule désinfecte les vêtements.

Au fil du temps on s’aperçoit qu’E. n’a pas le droit d’aller à la piscine, ni de participer à l’éducation dentaire avec les autres parce que sa mère, agressive quand on lui demande pourquoi, nous répond qu’il y a des choses que seule sa propre mère doit faire avec sa fille. E. n’a pas le droit d’aller au théâtre pour enfant  parce qu’on s’y assoit parterre, n’a pas le droit de participer au défilé des lanternes parce qu’elle va sûrement s’enflammer et mourir, n’a pas le droit d’aller avec nous à Legol*nd, parce qu’il y a des risques d’attentats, n’a pas le droit de jouer à ramper parterre dans la Kita avec les autres enfants parce que c’est sale, et n’a pas le droit de faire quoi que se soit avec notre stagiaire de 18 ans (garçon) car il pourrait la violer…

(…)

A chaque écart/oubli d’E, qui je rappelle a donc maintenant 3 ans 1/2, ses parents s’en prennent à elle en criant et en lui reprochant tous les desseins diaboliques du monde, pretextant face à nous qu’ils ont simplement peur pour elle. Ma citation préférée de sa mère – devant E. a qui j’avais donné un nouveau gobelet que la mère ne connaissait pas, et uniquement rempli d’eau –  « P. cette gamine elle boufferait de la merde si c’était dans un gobelet rose » a.u. s.e.c.o.u.r.

Un détail…Je m’aperçois aussi qu’E. a pour habitude de se laver automatiquement les mains exactement comme un vrai chirurgien rare s’il en est chez les enfants

(…)

Alors qu’on n’y croyait plus, E. a récemment passé 1 semaine à l’hopital pour être enfin testée contre diverses allergies. Et ce à quoi on s’attendait vraiment sans pouvoir y croire en espérant nous tromper:

E. n’est allergique a absolument RIEN.

Cela fait donc 3 ans et demi que ses parents remuent ciel et terre, impliquant ainsi tout le personnel pédagogique concerné inutile de dire qu’E  a changé plusieurs fois de Kita car ce n’était jamais assez bien pour sa mère à participer à un conditionnent malsain qui n’a absolument pas lieu d’être. Le personnel éducatif fait, à la base, confiance aux parents et souhaite travailler avec eux pour le bien de l’enfant…

et le père? vous me demandez. Oui il est présent. Très même. Et joue exactement le même jeu que sa compagne. Hélas.

Alors je ne sais pas.

Je ne sais pas ce qu’il est arrivé à cette mère pour avoir tant de nevroses entre 2 crises d’hystérie, elle pense quand même entamer une thérapie, tout n’est peut-être pas perdu je ne sais pas ce qui est arrivé au père pour rentrer à 100% dans le jeu de sa femme et rajouter une couche de paranoïa hygienique extrême. Mais E. a deux parents instables qui ont de grandes facilités à produire une enfant, qui à 3 ans 1/2, est bien partie pour avoir leurs nevroses.

Que faire? Rien. Ou pas grand chose. Nous avons le droit d’observer mais pas de tirer des conséquences.

Je souhaite – en désespoir de cause – à E. pour Noël un repas de fête ainsi que tous ceux qui suivront où elle n’aura plus à demander automatiquement à chaque aliment « et ça? j’ai le droit d’en manger? » pour s’entendre dire « non mais ça na va pas! »

Et je souhaite sincèrement que ses parents fassent quelque chose pour eux, impérativement, avant de ne détruire encore plus sa petite personne.

Publicités

Berlin Dehors #22

15 Déc

Photo©MademoiselleK

à vos souhaits

14 Déc

Crédit Photo > cliquez dessus

Il ya peu, mes sympathiques collègues ont insisté pour organiser quelque chose dont je ne comprenais absolument pas le nom.

Je leur ai fait répéter plusieurs fois jusqu’à ce qu’on m’explique enfin ce que pouvait bien être un Julklapp.

Oui un Julklapp.

Alors je connaissais, pour cause d’aliénation et d’exposition un peu trop prolongée dans les bureaux d’une multinationale quadricolore  – dans le domaine des enchères en ligne – ce qu’était un « Secret Santa ».

et bien le Julklapp, c’est un Secret Santa donc une distribution anonyme de cadeaux.

D’origine scandinave, comme son nom l’indique, c’est donc un moyen ludique de se faire des cadeaux, sans trop se casser la tête et sans devoir disparaître de honte au cas où on a vraiment mal choisi et que le dit cadeau ne plaise pas, car le destinataire ne sait pas qui a offert l’immondice le présent.

Les gens, souvent les collègues du coup parce qu’on fait rarement ça en famille je pense, se mettent d’accord sur un prix que tout le monde est sensé respecter, reçoivent par tirage au sort le nom de la personne à qui ils/elles doivent donc faire un présent.

C’est rigolo c’est sympa, le problème quand on préfère un cadeau sensé et utile ou pas de cadeau du tout, c’est qu’on se retrouve vite avec un petit chien en porcelaine on un set de gel douche violet…

Je mets donc toute ma confiance et mes espoirs sur le dos de mes collègues, encore une fois: symathiques mais je l’espère le sais foncièrement sensées.

Pitié.

_________________________________________
PSsst:
pour les explications de notre ami wiki c’est ici

3ème degré

10 Déc

Photo©MademoiselleK

Hier matin je me suis levée au milieu de la nuit à 7h. Il faisait -4 pas dans l’appart on est d’accord, mais pas loin Je saute dans la douche avant de partir en cours.
L’eau qui coule est et reste désespérément froide, voire glacée, pourquoi je ne sais pas.
Je renonce à la douche en bonne française et à laver mes cheveux vraiment dégueux, par la même occasion je me démolis heurte le genoux sur le lavabo on a une salle de bain berlinois ou pas en sautillant sur un pied et tenant mon genoux dans mes mains j’essaye de reprendre mes esprits et me dire que tout ira bien – je dois être en cours 30 minutes après…
Habillée et micro déjeuné je me jette dans le métro, marche sous la neige qui fouette mon visage pour arriver enfin à ma chaise de classe pour apprendre que notre première prof est absente et que donc, notre second cours commence à… 10h.

Du coup, avec quelques personnes on se décide à fuir aller boire un café ensemble et gott sei dank éviter de devoir supporter Madame fan du chat japonais crétin à 37 ans en free speech pendant 1h30. Je repense nostalgique à la sandwicherie en face du lycée, qui accompagnait nos errances au son de casse-toi tu pues à la guitare live par Céline de 1èreL, on buvait nos espressos sans portable ni notebook, le bon vieux temp quoi et regardait Beau Gosse jouer au flipper non je n’ai pas 50 ans, et pourtant en ricanant bêtement et en parlant de tout et de rien mais surtout de rien d’ailleurs.

L’ambiance est moins fun finalement, excepté que l’on parle encore de parents relous qui n’ont rien compris à la vie… même s’il ne s’agit plus des nôtres.

Prise d’un élan de sociabilité ça m’apprendra tiens je conte mes micros malheurs du matin histoire de (comme je n’ai pas un blog pour me plaindre mon introduction de billet est donc sensée mener quelque part!) et là, une camarade de classe enchaîne directement sur la liste de ses péripéties « Je me suis levée à 5h pour finir notre devoir de psycho, à 6h, je me suis aperçu que j’avais oublié de réveiller enfant N°2 pour l’école, à 7h on était prêt, je saute dans le métro et m’aperçois que j’ai oublié de laisser la carte de sécu pour la visite chez le doc d’enfant n°1, je dois revenir à la maison, j’ai oublié de manger, je ne sais plus si j’ai eu le temps d’entrevoir la salle de bain, mais je suis arrivée à l’heure en cours... »

Le truc, c’est que jusqu’à maintenant, je ne sais pas si elle voulait me dire par là que mon petit matin n’était pas si terrible – ce que je confirme sans aucun problème surtout qu’au pseudo concours du c’est moi qui est une journée plus merdique, je n’ai absolument, jamais voulu gagner- ou si c’était juste de l’humour, cynique peut-être, mais de l’humour.

Parfois j’aime simplement rester dans une bulle de compréhension interculturelle un peu floue et nébuleuse.

Berlin Dehors #21

8 Déc

Photo©MademoiselleK

%d blogueurs aiment cette page :